Facturer ses frais de déplacement en auto-entrepreneur : quel tarif appliquer
Refacturer ses déplacements à un client est possible en auto-entrepreneur, mais pas neutre : la somme entre dans votre chiffre d'affaires. Voici comment fixer un tarif défendable, ce qu'il faut écrire au devis, et le calcul à faire avant de dire oui.

Un client à 60 km, une intervention sur site, et la question tombe : est-ce que je facture le déplacement, et combien ? En auto-entrepreneur, la réponse tient en deux temps. Oui, vous pouvez le facturer. Non, ce n'est pas neutre pour vous.
Voici comment fixer un tarif défendable sans vous pénaliser.
Ce que vous facturez entre dans votre chiffre d'affaires
C'est le point à comprendre avant tout le reste, parce qu'il change la façon de fixer le prix.
En micro-entreprise, tout ce que vous facturez constitue du chiffre d'affaires, y compris la ligne « frais de déplacement ». Il n'existe pas de mécanisme de refacturation neutre, à la différence d'une entreprise au régime réel qui, elle, peut faire transiter des débours.
Concrètement, pour chaque euro de déplacement facturé :
- il compte dans votre chiffre d'affaires et dans vos seuils de régime ;
- il supporte vos cotisations sociales ;
- il entre dans l'assiette de votre imposition, après application de l'abattement forfaitaire.
Autrement dit, vous ne récupérez pas l'intégralité de ce que vous facturez au titre du déplacement. C'est une prestation comme une autre, avec les mêmes prélèvements.
L'erreur classique consiste à facturer le déplacement « au prix coûtant », en pensant se rembourser exactement. Vous vous rembourserez toujours moins que la somme facturée.
Le barème kilométrique comme référence de tarif
Rien ne vous oblige à utiliser le barème fiscal pour facturer : votre tarif est libre, c'est une négociation commerciale. Mais le barème officiel reste la meilleure référence disponible, pour deux raisons. Il est reconnu par tout le monde, donc difficile à contester par un client. Et il correspond à un coût de revient réaliste du véhicule, entretien et dépréciation compris.
À titre de repère, au coefficient de la première tranche du barème 2026 :
| Trajet aller-retour | 4 CV | 5 CV |
|---|---|---|
| 40 km | 24,24 € | 25,44 € |
| 60 km | 36,36 € | 38,16 € |
| 80 km | 48,48 € | 50,88 € |
| 120 km | 72,72 € | 76,32 € |
Le barème complet par puissance fiscale est détaillé dans le barème kilométrique 2026 par chevaux fiscaux.
Attention à ne pas confondre les deux usages du barème. Pour une déduction fiscale, il se lit par tranches sur le cumul annuel de vos kilomètres. Pour fixer un tarif commercial, vous appliquez simplement un prix au kilomètre à un trajet donné. Ce sont deux exercices distincts, et c'est une source de confusion fréquente, expliquée dans le piège des 5 000 km.
Les trois façons de facturer, et laquelle choisir
Le forfait par intervention. Un montant fixe quel que soit le trajet, par exemple pour toute intervention dans un rayon donné. Simple à comprendre pour le client, simple à annoncer. Adapté si vos déplacements se ressemblent.
Le tarif au kilomètre. Vous appliquez un prix au kilomètre parcouru. Le plus transparent, le plus facile à justifier, et le plus équitable quand vos distances varient beaucoup. C'est là que le barème sert de référence.
L'intégration au prix de la prestation. Vous ne facturez pas de ligne séparée, vous ajustez votre tarif global selon la zone. Commercialement plus fluide, mais vous perdez la lisibilité et vous risquez d'oublier le coût sur les missions lointaines.
Dans la pratique, le tarif au kilomètre est le plus défendable pour une activité mobile, le forfait pour une activité à rayon d'action stable.
Ce qu'il faut écrire avant, pas après
Un déplacement facturé après coup sans avoir été annoncé est le meilleur moyen de créer un litige. Faites figurer les conditions dans le devis ou le contrat, avant l'intervention :
- la base de facturation (forfait, ou prix au kilomètre) ;
- la zone incluse sans supplément, s'il y en a une ;
- ce qui déclenche la facturation (distance minimale, aller-retour ou aller simple) ;
- le sort des frais annexes éventuels comme le péage ou le stationnement.
Sur la facture, la ligne apparaît distinctement, avec la distance et le tarif appliqué. Si vous relevez de la franchise en base de TVA, la mention correspondante s'applique à cette ligne comme au reste de la facture.
Le calcul à faire avant de dire oui
Facturer ses déplacements ne rend pas toutes les missions rentables. Avant d'accepter un client éloigné, mettez en face trois éléments : ce que vous facturerez de déplacement, ce qu'il vous restera réellement après cotisations et impôt, et le temps de route, qui n'est pas facturé et qui est du temps non productif.
Un ordre de grandeur pour situer l'enjeu : deux déplacements par semaine sur quarante-cinq semaines, à 36,36 € le trajet de 60 km, représentent environ 3 272 € de chiffre d'affaires annuel supplémentaire. Une somme qui pèse dans vos seuils et vos cotisations, pour une activité qui n'est pas votre cœur de métier.
C'est ce calcul, et non l'intuition, qui doit décider de votre zone d'intervention.
Et côté fiscal, que déduisez-vous ?
Rien, et c'est la contrepartie du régime micro. L'abattement forfaitaire est réputé couvrir vos charges, kilomètres compris, donc vous ne déduisez pas vos frais de déplacement en plus. Le détail est ici : frais kilométriques en auto-entrepreneur, ce qui s'applique et ce qui ne s'applique pas.
Ce qui rend d'autant plus utile de savoir ce que vos kilomètres vous coûtent réellement : sans déduction possible, c'est votre tarif qui doit absorber le coût.
Chiffrez vos kilomètres
Le calculateur d'Easik chiffre vos kilomètres au barème officiel, gratuitement et sans inscription. C'est le chiffre de référence pour construire un tarif défendable.
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